lundi 14 mai 2012

Radio Thérapie !



Avant propos : j’ai eu du mal à écrire ces derniers temps. Plusieurs raisons à cela : emploi du temps chargé, des émotions pas toujours faciles qui refaisaient surface et des moments où j’allais aussi bien (mieux), alors, j’avais juste envie d’en profiter…

Mes jours et mes semaines sont désormais rythmés par la radiothérapie, nouvelle et avant dernière étape de mon programme de choc.

Alors la radiothérapie qu’est-ce que c’est ? Et bien je vais vous le dire Madame Ouistiti !!
Bon plus sérieusement, pour ceux qui ne connaissent pas cette arme thérapeutique, réponse : il s’agit d’envoyer des rayons sur les tissus proches de ceux qui ont été atteints par le vilain cancer et de les irradier pour tuer les méchantes cellules qui auraient échappées aux traitements précédents (chimio, opération). Les cellules qui auraient tenté de résister ou de se planquer pour mieux revenir plus tard. Mais personne n’est dupe ! A l’assaut ! Radiothérapie pour celles-ci !


ça se passe comme ça chez Mc Curie !

Alors comment ça se passe ? Et bien je vais vous le dire Monsieur Tapir !
Déjà, en cadeau de bienvenue, vous avez droit à une longue et jolie séance de tatouage ! Si, si. C’est extra ! Vous passez plus d’une heure entre les mains du radiothérapeute et de son équipe. Ils prennent des radios, des repères, et marquent d’un coup de feutre des croix et des traits sur votre torse. Si vous avez vu le sketche sur les tatouages de l'humoriste Belge, François l'embrouille, vous comprendrez très vite de quoi il en retourne. 
Ensuite ils recouvrent leur œuvre de bouts de scotches waterproof car vous devez conserver cette fresque sur votre corps (de rêve) tout au long du traitement.

Dans mon cas, le traitement équivaut à 33 séances de radiothérapie, à raison d’une par jour, exceptés les we et les jours fériés. En clair, j’en ai pour deux petits mois.


ce serait pas mal ici non?

 les séances....

Vous êtes convoqué à des horaires très précis (ex : 17h15, 17h40, 15h20). Première mission, arriver à l’heure ! C’est mieux, même si vous attendez parfois longtemps votre tour. Parfois, pas toujours.
Vous patientez dans une salle d’attente où vous croisez assez souvent les mêmes patientes.
Certaines profitent de ce moment pour se plonger dans un bon polard, un livre de poésie ou un magazine ultra light, genre Gala. D’autres consultent nerveusement leur i.Phone. D’autres encore viennent accompagnées. D'autres enfin cherchent le dialogue, racontent leur histoire à haute voix même si personne n’a envie de l’entendre, du style j’en suis à mon 3e cancer ! (Non non non je veux pas savoir… Stop !!!)
Des liens se tissent aussi spontanément entre certaines femmes. La bienveillance est alors de mise. Echange de bons conseils, partage des expériences…
Chaque femme est différente, chaque jour est différent.

Mme « bip », c’est à vous !

Comme à l’école, concentrée sur les dernières recettes de desserts d’Elle ou Marie-Claire (que vous pensez bientôt faire mais que vous ne ferez jamais) vous entendez votre nom sonner.
Vive, (car vous l’êtes plus qu’en chimio !) vous vous levez pour vous diriger et pénétrer dans une petite cabine, genre cabine de plage, la mer et la déco en moins. Bien dommage ! Appelez-moi tout de suite Valérie Damidot !!
Bien évidemment (c’est désormais devenue une habitude), vous vous déshabillez (juste le haut) et vous allez directement vous allonger sur une table (oubliez tout de suite votre lit douillet), ou plutôt une sorte de planche en ferraille recouverte d’un bout de rouleau de papier épais comme du PQ. Bref, pour le confort, je dirai, même pas 1 étoile ! ZERO !
Bon ok, rappel, vous n’êtes ni à l’hôtel, ni sur la plage… Vous êtes en radiothérapie, en zone protégée et ultra sécurisée, y’a même des logos qui font peur sur les portes. On doit bien avoir des têtes de VIP pour avoir le droit d’y entrer !!

pas bouger !!

Bon, l’étape la plus délicate arrive alors. En fonction de votre morphologie et des zones à traiter le but est que vous retrouviez très précisément la position dite « de traitement » qui vous a été attribuée au départ. Les tatouages, c’est donc pas pour rien. Les rayons doivent taper sur les zones coloriées, pas ailleurs, sinon : DANGER !! 
Moi je suis allongée sur le dos, le bras gauche pris dans une sorte d’étau, le cou dans une coque, la main droite bien à plat sur ma hanche, le torse un peu bombé et tordu sur la droite.
Les manipulateurs sont silencieux, calmes, on ne doit pas leur parler pour ne pas les distraire. Ils recalculent tout, puis vous disent : « c’est bon, on y va ». Et là, sur ces trois pauvres mots, ils vous abandonnent lâchement et filent aux abris avant d’envoyer les radiations.

L’espèce de truc en forme de soucoupe volante au-dessus de votre tête fait des petits bruits, puis vous entendez une sorte de signal d’alarme qui dure moins d’une minute. Et là, faut pas bouger d’un iota, ils envoient les rayons. Vous êtes sous surveillance. Comme pour vos retraits d'argent, il y a une caméra. Au cas où...

Tout de suite après les manipulateurs reviennent, changent l’engin et la table sur laquelle vous êtes installée de position, refont des calculs savants (pendant ce temps là vous ne devez toujours pas bouger d’un pouce) et repartent aussi sec. Et rebelote.
Pour ma part je reçois les rayons sous quatre angles différents. Mes séances durent en moyenne un bon quart d’heure.

Une fois par semaine j’ai droit à des radios de contrôle supplémentaires et à une consultation avec le radiothérapeute.

même pas mal !! 

Voilà, vous savez tout. Non ?
Est-ce que cela fait mal ? Non, c’est indolore. Le plus dur c’est de tenir en place sans éternuer ou avoir envie de se gratter le pied. Au fil des séances votre peau change. Vous attrapez comme un gros coup de soleil (je n’en suis pas encore là mais tiens ça me rappelle une chanson...). Et comme tous les traitements, certains le supportent plus ou moins bien que d’autres.
C’est aussi fatiguant. Mais je vous l’ai déjà dit, c’est pas tout à fait comme à la plage. Pourtant, en fermant (très très fort) les yeux, on pourrait presque y croire !

Bonne semaine !

CC

Ps1 : mon chéri s’est envolé hier pour quelques jours de vacances (très méritées)… Mais il me manque beaucoup. Bouuuhh.

Ps2 : une pensée pour Mme P . dont les blagues nous manquent aussi.

Ps3 : une pensée pour Adeline qui continue à se battre de toutes ses forces.

mardi 1 mai 2012

Au sein de la mode !




Tout s’est passé le jeudi 26 avril…





Si on m’avait dit un jour que je jouerais les mannequins ! A plus de 40 ans !!??  Non, franchement, est-ce bien raisonnable !!??
Réponse ? Je m’en fous !! Y’a pas d’âge pour s’amuser, y’a pas d’âge pour faire du vélo, y’a pas d’âge pour manger du chocolat, y’a pas d’âge pour courir dans les prés, y’a pas d’âge pour… défiler !!

Comme prévu nous arrivons, mon chéri, sa fille et moi, au théâtre de Neuilly à 17h.

Mon chéri repère les lieux, installe sa caméra (nous avons promis un film à l’association « Au sein de la mode »), tandis que je m’oriente vers les coulisses où les mannequins sont attendues.
Là, une dizaine de jeunes maquilleuses et coiffeuses issues de leur école de formation sont présentes. Aussitôt arrivée l’une d’entre elle m’invite à m’asseoir, sort sa trousse multicolore, ses pinceaux, ses petits pots de crème…et me dessine des yeux de biche.
Waouh ! Moi qui ne m’étais pas maquillée depuis quelques longues semaines, la faute à la chimio, me voilà toute pimpante !

Une des jeune coiffeuse propose ensuite de s’attaquer à ma chevelure blonde mais je la stoppe tout de suite  dans son élan : « c’est une perruque !  suis-je bien obligée de lui confier. Faire des bouclettes et des frisettes avec n’est peut-être pas une très bonne idée !! »
« En effet, mieux vaut ne pas y toucher », convient-elle, encore sidérée par la « haute qualité .. » de ma coiffe.


La répét…

Une fois toutes pomponnées, répétion générale en musique dans la grande salle.
Les unes après les autres, nous foulons avec plus ou moins de réussite le tapis rouge.
Je précise (rappelle) que toutes les femmes qui défilent sont atteintes d'un cancer du sein. Certaines sont encore, comme moi, en traitement. D'autres sont en rémission.

Parmi nous, il y a une pro. Une seule. Une mannequin professionnelle. Waouh, c’est la grande classe : démarche langoureuse, regard posé sur le public (fictif au moment de la répet) comme les politiques, petits pas de côté pour virer à droite, mains sur les hanches…
J’essais de l’imiter ! Pas facile !


 la pro 
moi !

20h, les invités arrivent par vague. Parmi eux quelques uns sont mes amis. Je suis touchée.


mes amis  !


La soirée débute par un cocktail puis les mannequins sont appelées dans les loges où nous enfilons nos robes. Deux ou trois épingles à nourrice par-ci, par-là, quelques retouches maquillage et nous sommes prêtes, en rang d’oignons, derrière la porte qui mène à la scène !

Pendant ce temps là les invités assistent à trois discours sur le cancer, les progrès, tout ça…


Musique !

La première mannequin se lance. Puis la seconde, puis la troisième.
J’ai le cœur qui bat. Bientôt mon tour viendra et j’ai un problème. Ma robe de gala est superbe mais elle a une longue traine. Je sens que je vais vite me prendre les pieds dans les pans de tissus argentés. Et comment tourner sur moi-même ? J’aurais jamais dû choisir cette robe ! Quelle idée j’ai eu. Bref, j’ai comme un problème…
Ouf, sauvée ! Voyant ma mine décomposée en revenant de son premier passage, « la pro » s’avance vers moi et me dit d’un ton ferme : « c’est pas compliqué, tu attrapes ta traine par derrière à hauteur de ton genoux et tu ne la lâches pas pendant tout ton passage. »
Ok, ok, ok, ok…

C’est mon tour !


J’attrape ma traine et je me lance sous les projecteurs et le regard de l’assemblée. L’ambiance est bonne enfant, je le sais. La pression n’est pas plus forte que celle d’un tour de chant en CP à l’occasion d’une fête de fin d’année, mais, j’avoue, j’éprouve  une sorte de trac.
J’avance, je tiens ma traine d’une main, ne sais pas trop ou poser mon regard, j’ai l’impression de sourire bêtement, je pense à mes pieds pour ne pas tomber, je pense aussi à la robe (pour qu’elle soit jolie), je pense à mon chéri (pas question d’être ridicule), bref : je pense trop !

Il n’empêche, je termine mon tour plus vite que je ne l’aurai cru. Tout est allé très vite, trop vite. C’est d’ailleurs le ressenti de toutes les mannequins. Ca défile. Normal c’est un défilé ! 

je ne lâche rien !!

Puis c’est le final ! Telles des actrices à la fin du spectacle, nous revenons toutes ensembles sur le devant de la scène et sous les applaudissements du public. Un moment joyeux, heureux, léger.

Nous sommes fières. Fières d’être des femmes ! Fières de nous sentir belles, féminines. Fières de porter des robes (très) décolletés. Fières d’être là.

mannequins souriantes (rare !)

Un peu plus tard, nos robes de gala sont mises en vente aux enchères. Toutes ou presque  trouvent un acheteur.
Les bénéfices de cette soirée seront tous reversés à La Ligue contre le cancer.

Bravo à l’association « Au sein de la mode ». A tous ces jeunes issus de l'Ieseg (une école de commerce ) qui se sont mobilisés pour la 3e année consécutive et se sont investis pour organiser cette soirée de gala et récolter des fonds.

 Merci à BHL (l’autre, mon oncle médecin) pour m’avoir offert ma robe de gala !!

Un brin de muguet et des bisous à tous
 
CC

Pour voir 



Pour en savoir plus sur :
l’Association « Au sein de la mode »,  rendez-vous sur le site ou sur facebook


Etincelle (l’Association dont je fais partie à Issy-les-Moulineaux sans laquelle je n’aurai pas été conviée à participer à ce défilé.

mardi 24 avril 2012

Teasing !

Comme annoncé dans mon précédent billet, je vais défiler jeudi, en robe du soir, sur les planches du théâtre de Neuilly sur Seine, avec d’autres femmes, atteintes elles aussi d’un cancer du sein.
Une soirée de gala, rondement menée par l’association « Au sein de la mode ».

Ce matin, je me suis levée tôt, à 8h (c’est tôt parce que ce sont les vacances scolaires) pour faire les essayages dans les antres d’un atelier de couture. 
Lily, la grande fille de mon chéri, m’accompagne (plus sûr).
9h, Nous nous engouffrons dans le métro à Corentin Celton pour ressortir sur les Grands Boulevards du 10e arrondissement. Pour moi, c’est déjà le début d’une grande aventure. Il y a longtemps que je n’ai pas fait un trajet aussi long (20 stations, 40 minutes). Preuve que je reprends du poil de la bête.

10h, attendues par les jeunes filles de l’association, nous arrivons à l’atelier de couture. Au rez-de-chaussée des femmes tissent, piquent, cousent, découpent des pans de tissus tandis que nous filons dans les caves où l’on découvre un caverne d’Ali Baba pur fille. Des centaines de robes de galas suspendues sur leur cintre ! A nous de choisir ! Pas facile.


Oh les jolies robes…

Je fouille, je regarde, je touche les matières. Lily fait de même.
Comme la plupart des « mannequins » sont passées avant moi, je ne dois pas choisir les mêmes robes.
On m’incite à porter du rouge car aucune femme n’a choisit cette couleur mais je n’aime pas le rouge. Lily non plus. Nous continuons nos fouilles…

J’essaie plusieurs robes mais je flache sur une seule. Comme il n’y a pas de glace, Lily prend des photos (devant / derrière)… C’est la bonne, je la veux, je la veux !! Mais vous n’en saurez pas plus. Seules les bonnes fées partagent mon secret.



essayages dans la caverne…

Jeudi soir je serai donc sur la scène. Une ex mannequin viendra nous donner des conseils pour tournoyer sur les planches. Autant vous dire que j’ai un peu les chocottes. Peur surtout de me prendre les pieds dans les drapés !! Peur de ne pas arriver à jouer les parfaites Miss France !! Peur de ne pas savoir faire cette moue étrange et hautaine (ça je m'en fous je préfère les sourires, plus sympas). Mais si c’est pour la bonne cause, ça vaut le coup de prendre quelques risques…

Souhaitez-moi bonne chance ! Je me la souhaite aussi !!

CC

PS1 : Une grosse pensée pour Mme P. qui repart pour 6 cures de chimiothérapie alors qu’elle venait tout juste de reprendre le boulot et la « rigolothérapie » comme aime à le dire. Un sale coup mais je suis certaine que son énergie va la porter à nouveau très haut.

PS2 : Mille encouragements pour Adeline. Faut rien lâcher. Rien. Et puis tiens, je te fais une promesse, après l’été, quand j’aurai fini le traitement, je viens te voir dans le Jura !!

PS3 : Merci à Ch et Ch.H de s’occuper de ma fille pendant cette semaine.

PS4 : RDV demain à curie pour les marquages nécessaires à la radiothérapie.

PS5 : Bravo à Amélia, ma voisine de chambre pendant mon hospitalisation. Elle même salariée à la RATP, elle a réussi à convaincre son patron pour monter son association au sein de la RATP pour les hommes et les femmes atteints d’un cancer. Je vous en reparlerai. Un sacré petit bout de bonne femme !!!

vendredi 20 avril 2012

Terre en vue !



J’étais à Curie lundi où j’ai appris, enfin, de bonnes nouvelles.

« Madame, les nouvelles sont bonnes, vous avez très bien répondu au traitement. Vous n’aurez pas besoin de cure de chimiothérapie supplémentaire...» Je vous passe les détails.
Je suis ressortie de ce rendez-vous à la fois euphorique et secouée. 
Quelques jours auparavant, plus l'annonce des résultats approchait, plus la pression montait en moi pour atteindre son seuil maximal. J’avais hâte d'en savoir plus mais aussi très peur. Quel serait le verdict !!??
J’avais le sentiment désagréable de retourner à la case départ, comme dans les jeux de société lorsque vous lancez les dès et que vous tombez sur la mauvaise case. Affreux !
Je m’étais préparée donc à toutes les éventualités sauf à la meilleure. Par peur d’être déçue ? Sans doute.
Résultat, non seulement je ne retourne pas en arrière mais j’avance de deux cases !! Voire de quatre puisque je saute 4 cures de chimio et passe directement en radiothérapie.
Début du traitement début mai. Durée, deux mois.

Mauvaise nuit…

Avec ces excellentes nouvelles, j’aurais dû passer une très bonne nuit. Celle de lundi à mardi. Mais non. Ca a été tout le contraire. D’abord quelques douleurs (cicatrices, etc…) se sont réveillées et ont été plus marquées que d’habitude.
Ensuite, au réveil, j’étais à nouveau clouée au lit par la fatigue, avec en prime un peu de fièvre. A croire que toutes les tensions accumulées me retombaient dessus comme un gros sac de plombs. Epuisée, sans force, vidée, rincée, j’avais le moral dans les chaussettes tout en réalisant (et détestant aussi) le parcours inimaginable que je venais d’accomplir.


Terre !! 

 si j'avais su je serais pas venue !

Lorsque j’ai appris que j’avais un cancer, c’est comme si j’avais été débarquée en moins de 30 secondes d’un gros paquebot pour embarquer sur un canot de survie avec pour mission de tenter de suivre le même cap que le gros machin sur la mer mais sans confort ni beaucoup d’outils de navigation !!

adieu la force tranquille !

A bord, on m’a flanquée de quelques vivres mais surtout d’une énorme trousse de pharmacie dans laquelle y’avait de drôles de produits, notamment de la "chimiothérapie" !! Ah ! Bé... Pourquoi faire !? Hein !? Pas envie de ça moi. Mais si, moi obligée d'en consommer sans modération pour survivre.

Du paquebot à mon canot, il y avait également une passerelle permetant à ceux que j’aime et qui m’aiment (un peu, beaucoup, passionnément… très proches, proches, amis…), comme aux soignants, de me tenir compagnie de temps à autre et/ou de me traiter.
Simplement, je reste quand même toujours seule dans ma galère. C'est la règle du jeu.

Le temps passe lentement. Je dois essuyer le gros temps, profiter des accalmies, ne pas dériver.
 La route est méconnue, je ne suis pas préparée, pas formée. 
Je dois tout apprendre, faire confiance. 
Je dois laisser les éléments agir (l'eau, le vent, le ciel), qu'ils soient pour ou contre moi. Pas un jour ne ressemble exactement à l’autre. C'est belle et bien l'aventure. La vraie ! Pas koh-Lanta !!

C’est donc une traversée. Ma traversée. 
Chimiothérapie. Opération.
Après six mois de galère, du poste de commandement du paquebot, on m’adresse les premiers résultats de l’épreuve. Mieux vaut qu’ils soient bons. 
Ils sont bons !! 
Ouf.
J'aperçois enfin un bout de terre au loin !!

Mais il me reste encore un peu de chemin à faire avant d’atteindre le rivage. Je dois économiser mes forces. J’ai le visage ridé par soleil, la peau abimée, les lèvres gercées, les yeux plissés, les mains engourdies à force d’avoir ramé, le corps fatigué. Je suis épuisée.


j'arrive, j'arrive...mais pas tout de suite 

Il faut que je regagne ce rivage. Le sable, la plage. Laissez-moi juste le temps, même si les nouvelles sont bonnes, de reprendre mon souffle.

CC

Ps : je pense très fort à Adeline. Je suis en colère parce que je sais qu’elle passe par des passages très douloureux, difficiles, extrêmes. Sa traversée est extrêmement longue et je l’admire pour son courage.

Pss : je participerai à un défilé « au sein de la mode » le 26 avril prochain. Avec d’autres femmes atteintes d’un cancer, nous allons jouer les mannequins et porter de très belles robes. L’objectif de l’association qui organise cette soirée de gala au théâtre de Neuilly : récolter des fonds pour la ligue contre le cancer.

Psss : merci à la chirurgienne qui s’est très bien occupée de moi. Les chirurgiens font des miracles. On ne le dit jamais assez !!

Pssss : il y a eu et il aura encore de très belles rencontres dans cette partie de la traverssée.

Psssss : merci à mon chéri d'être toujours resté sur la passerelle, quelle que soit la météo. 

vendredi 13 avril 2012

Bleue comme une orange !

  "La terre est bleue comme comme une orange"
(c'est pas de moi ça !)

J’ai adoré, non plutôt savouré, dégusté, gouté… mon cours de sophrologie hier...Cours je le précise, toujours dispensé par Etincelle, l’association dédiée aux femmes atteintes d’un cancer.

Comme d’habitude, la séance a commencé par une série d’exercices basés sur la respiration.
Comme d’habitude, j’inspire, je souffle…
Comme les autres femmes, je me laisse guider par la voix de la sophrologue et j’exécute, avec plus ou moins de réussite, les mouvements qu’elle nous dicte.
Le tout ressemble à une sorte de « Jacadi » sans piège. Personne ne sort du cercle. Personne n’est éliminé. Tout le monde se détend. Se fait du bien. Un maximum de bien. Nous avons quittons définitivement le monde de la téléréalité où les candidats vivent l'humiliation. Nous sommes dans l’intime et la simplicité. 

pensées positives... 

Passée les respirations il s’agit de détendre tout notre corps, tranquillement, lentement, de la tête au pied. Puis, arrive le moment de la pensée positive. C’est le moment que je préfère.
Parfois la sophrologue nous guide précisément, décrit une scène, une histoire, avec une mission : nous inciter à être plus « fières » de nous, à être davantage l’empathie, dans l’accueil des sentiments, des sensations, des émotions. A être moins dans le jugement, la difficulté, l’exigence à tout prix.
A nous ensuite de nous approprier ses mots, d'entendre où ils font échos, d’accepter que des pensées parasites nous traversent aussi l'esprit. 
La "zénitude" demande un peu d'entrainement. On n'y arrive pas à tous les coups !! 
D’autres fois, elle nous donne juste un élément : un décor, une odeur, un animal, un lieu…, puis, à nous de nous construire un moment de plaisir, de bien être.

Hier, elle a juste lâché un mot : « Orange » ! "Orange, allez, prenez cette couleur, faites-vous du bien. Vous avez besoin de soleil, de vitamines. Faites en une bulle, une boule, des vêtements, ce que vous voulez…Je vous laisse quelques minutes. Tranquilles. Dans vos pensées. Laissez venir les images. Sans juger."

 orange...

Comme ces enfants qui jouent avec deux bouts de bois et partent loin dans l’imaginaire, aux pays des princes et princesses, me voilà partie moi aussi. Partie en voyage.
Cette couleur m’emporte loin d’Issy. Cette couleur me fait passer les frontières à la vitesse de l’éclair.. A ma grande surprise je débarque au Maroc et plonge illico dans une ambiance chaude, colorée et animée. Manifestement à l’aise, mon cerveau fabrique tout un tas d’images délicieuses et distrayantes. Je goûte à tout.

sur la place Jemaa el Fnaa...

D’abord les oranges ! Je vois des paniers d’osiers débordants d’oranges et bois un grand verre de jus de ces fruits… Les rues ! Je vois des murs couverts de tapis multicolores, des ânes déambuler avec des sacs plein d’épices… Les montagnes ! Je vois ces massifs couleur feu se dresser au loin. C’est superbe !
Je me ballade dans cet univers (non non je n’ai pas fumé la moquette), à mon rythme. Je passe du sable à la mer, de la foule au désert… Où que j’aille la couleur orange domine. Me dope. Le soleil tape agréablement sur mes épaules. Je suis bien. Je ne veux pas rentrer.

dans les rues de Marrakech ...

Mais les bonnes choses ont une fin. La voix de la sophrologue nous ramène « ici et maintenant ». Retour à la réalité, au lieu dans lequel nous sommes. Trois grandes respirations nous obligent à nous réveiller. A ouvrir les yeux. A reprendre notre chemin.

Pendant cette séance toutes les femmes se sont fait du bien. Du bien. Oui du bien. Tout simplement. Un luxe qui n’a rien couté. Juste un heure de temps et un peu d’attention. A méditer !

A très vite ! Bon week end !

CC

soleil couchant au Maroc

Ps 1: bonnes vacances à ceux qui partent ! Moi, sûr, dès que j’ai les coudées franches, je pars voyager. A ce propos, il y avait un très beau documentaire sur le Costa-Rica dans Echappée belle la semaine dernière sur la France 5.

Ps 2 : A ceux qui me posaient la question : Mme P. va bien. Elle a repris le travail à mi-temps, galope voir les expos, les spectacles et fait aussi du sport ! Des activités (très) recommandées en phase de rémission.

Ps 3 : A votre bon cœur !! L’association Etincelle cherche de nouveaux fonds pour maintenir et développer son activité. Si vous êtes inspirés… Si vous avez des idées de boites susceptibles de s’y intéresser, n'hésitez pas à contacter l’association. Plus d’infos sur leur site. http://www.etincelle.asso.fr/

Ps 4 : Un gros plein de pensées douces pour Adeline.

jeudi 12 avril 2012

Allo Maman bobo !




Passées mes 6 cures de chimiothérapie et l’opération, étrangement, mes p’tits bobos prennent une place considérable.
Causés par la chimiothérapie, ils m’empoisonnent la vie.

Allo Maman bobo !
Numéro 1, les larmoiements… Depuis deux mois j’ai tout le temps les yeux qui pleurent. Et c’est encore pire lorsque je sors dehors. L’air, le vent, le frais, le soleil... tout m’agresse. Dans la rue, "les gens" pensent que je suis très triste… plus triste que Caliméro. Et dans les rayons frais des super marchés, "les gens" pensent que je suis extrêmement sensible à la hausse des prix ! C'est faux, je ne vois même plus les étiquettes !!
Bien sûr, je porte des lunettes de soleil (même à l’ombre) pour atténuer les effets. "Les gens" pensent alors que je suis une vraie blonde !! Enfin une vraie fausse blonde. Une pétasse quoi !
Ce matin à Curie, on m’a dit que je pouvais pleurer comme ça pendant encore quelques mois. Non, y’a rien à faire, juste hydrater les muqueuses asséchées avec du collyre. Résultat, j’ai aussi mal sous les yeux. A force d’être inondée, ma peau est irritée. Et moi ? irritable !!

Allo Maman bobo !
Autre bobo ? Les doigts. Grâce à l‘As de piques (l’acupuncteur), mes ongles ont tenu le choc plus longtemps, mais à la 6e chimio, ils ont rendu les armes. Résultat, j’ai le bout de trois de mes doigts dans de drôles d’états (je vous passe les détails), ce qui me gène considérablement. Je n’arrive pas à tenir un stylo correctement. Là, maintenant, je tape sur mon Mac avec 2 autres doigts. J’ai du mal a attraper mes clefs au fond de mon sac et à sortir ma carte bleue de mon porte-feuille. "Les gens" pensent alors que je suis radine et aussi bordélique !!
La nuit, je laisse mes mains bien à plat sur les draps pour que mes ongles ne sautent pas. Mon chéri, lui, fait attention. Il n'est pas "les gens" !!

Allo Maman bobo !
Quand j’écris un SMS sur mon i.Phone, j'écris souvent n’importe quoi…Primo parce que j'ai mal aux doigts, pas facile pour taper. Deusio, parce que je vois trouble puisque je pleure. Certains pensent que je perds la tête !! Je les rassure. Je la perds un peu, mais pas complètement... 

Allo Maman bobo !
Autres tracas ? Y’a mes cheveux qui repoussent !! Euh, faudrait presque une loupe pour le voir ! Mais je sens, si, si, un léger duvet doux émerger sur mon crane… Une bonne nouvelle ? Oui ! Excellente même ! Sauf que ça me gratte !! Ca me gratte sous ma perruque !!! Du coup, tout à l’heure, dans un café, ça me démangeait tellement que j’ai failli arracher ma tignace blonde. Heureusement, je me suis retenue. Heureusement pour qui !!??? Dans le fond, je crois que "les gens" s'en foutent...

Allo Maman bobo !
Oui ce sont de tous petits bobos par rapport à ceux que je viens de subir. Signe surement que je vais mieux puisque j’ai le temps de m’y intéresser !!!

Allo Maman bobo !
Hier ma fille a pleuré. Comme ça, tout d’un coup. Pourquoi ? Parce qu’elle s’est fait « bobo ». Un p’tit bobo.
Qu’est-ce qui t’arrive ma chérie ?  
- Bé en fait, j’ai voulu passer derrière la chaise et je me suis cogné le bras sur le fauteuil, là, tu vois ?
- Oui, je vois. C’est un peu rouge. Regarde, je vais te faire un bisous magique (je fais le bisou) et c'est  guéri !!
 Ma fille a rigolé. Elle n’avait plus mal et était déjà retournée à ses jeux.

Allo Maman bobo !
Et pour moi, Maman, t’aurais pas un bisou magique !!??

Bon après-midi,
CC

Ps : bienvenue sur la terre à Estéban, un petit Nantais.
Pss: un gros bisou  à I.F.
Psss : Un bon rétablissement à P.de F…