vendredi 9 décembre 2011

Entre le ciel et moi…

C’est vrai que je reste un peu fâchée avec le ciel depuis l’annonce de mon cancer.
Fâchée avec le ciel et aussi avec tous ceux que j’aime là-haut, censés me protéger, censés jouer mes anges gardiens.  Surtout qu’ils sont nombreux ! Peuvent même se relayer ! Enfin c'est ce que je croyais.
Depuis longtemps, là-haut, il y a mes parents (j’y ai fait pour la première fois allusion dans un précédent billet). Il y a l'un de mes meilleurs amis de jeunesse, mort à 25 ans, dans un accident de voiture,  lui aussi.
Il y a le père de ma fille, mort d’un cancer il y a un peu plus de trois ans. Le père de ma fille était plus âgé que moi. 14 ans de plus. Il est mort à 58 ans après avoir menée une « belle vie », à sa façon, à son rythme : vif, rapide. Une vie aventureuse, risquée… mais belle.
Je ne voudrais pas trop parler de lui sur ce blog, d’abord par respect pour l’homme, plus jeune, avec lequel je partage ma vie aujourd’hui. Aussi parce que le père de ma fille a toujours espéré, comme une dernière volonté,  même si c’était difficile à entendre sur le moment car je l'aimais très fort… enfin, il m'a   fait promettre de reconstruire ma vie. Ma vie amoureuse. Ma vie de femme. Et de bien m'occuper de notre fille. 
Alors quand mon Chéri est arrivé dans ma vie,  deux ans plus tard, de manière aussi inattendue que naturelle, j’ai pensé (et je le pense toujours) que c’était un cadeau qui m’arrivait tout droit du ciel !! 
Alors vous comprenez pourquoi je suis un peu fâchée avec le ciel. Même si je n’oublie pas tous ceux qui sont là-haut, j'étais si heureuse ces derniers temps. En harmonie avec mon passé et mon présent. Ce cancer est tombé comme une menace. Pour moi, pour ma fille. Et aussi pour mon chéri. Oui jen ai voulu très fort au Ciel. Je me suis sentie trahie. Abandonnée.

j’avais oublié…

Quand le père de a fille était au plus mal, je suis allée voir un prêtre pour lui parler. Parler de lui surtout. De sa maladie mais aussi de son tempérament. De l'homme qu’il représentait, pour moi et mais aussi et surement pour d’autres. 
Après m'avoir écouté longuement, il a sorti un livre de sa bibliothèque, en me disant : "voilà ce que vos mots évoquent pour moi…" "Et il a lu un poème. Un poème que nous avons lu un mois plus tard à la messe d’enterrement du père de ma fille, qui ne pratiquait plus beaucoup mais qui était profondément croyant et mystique. 
Ce très beau texte, je l’avais enfoui loin dans ma mémoire. Et j’ai été touchée l’autre soir, quand la sœur du père ma fille me l'a renvoyé, comme un cadeau, comme un réveil qui sonne à nouveau, comme un rappel... Un appel. Un sourire...


le Poème…

Une nuit, j’ai eu un songe.
J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage, en
compagnie du Seigneur.

Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres,
toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque
scène de ma vie, il y avait deux paires de traces sur le sable :
L’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur.

Ainsi nous continuions à marcher, jusqu’à ce que tous
les jours de ma vie aient défilé devant moi.

Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière.
J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait
qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait
exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie,
les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur
et aussi de plus grande douleur.

Je l’ai donc interrogé : " Seigneur… tu m’as dit que tu
étais avec moi tous les jours de ma vie et j’ai accepté
de vivre avec Toi. Mais j’ai remarqué que dans les pires
moments de ma vie, il n’y avait qu’une seule trace de pas.
Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul
aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. « Et le Seigneur répondit : » Mon fils, tu m’es tellement
précieux ! Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné,
pas même une seule minute !

Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le
sable, ces jours d’épreuves et de souffrances, eh bien :
c’était moi qui te portais. "

Du poète brésilien Adémar de Barros


Marcher sur le sable..

fâchée encore un peu…

Même si je reste encore un peu fâchée avec le ciel et tous ceux qui j’aime là-haut, j’aspire à me réconcilier.

J’en profite pour remercier tous ceux qui croient, qui prient, et qui m’associent à leurs prières. Je crois beaucoup à cela, à la prière, à la pensée, à la force qui nous unit.

J’en profite pour remercier certains d’entre vous :

Les parents de mon chéri dont la foi est belle et précieuse.

Thierry B, qui m’a écoutée et soutenue à des moments pas faciles, après la mort du père de ma fille. Si vous vous voulez en savoir plus sur le parcours de Thierry, je vous recommande de lire son livre « Catholique anonyme » ou/et de vous rendre sur son blog : http://bizot.blog.croire.com/

Mes cousins habités par beaucoup de « spiritualité », Pierre, Muriel, Marie-Astrid, Laure, Ch.h, Isa, Anne, ma tante, Claire, Emmanuel, et tant d’autres encore…

Sans vouloir jouer les « journalistes peoples », mais puisque mes dernières occupations avant mon arrêt de travail consistaient à voir des films en avant-première, à interviewer acteurs et réalisateurs, et à faire quelques critiques cinés pour M6, je pense aussi à certaines de mes dernières et belle rencontres dans le monde du cinéma :

Alors…Je pense à Michaël Lonsdale dont la foi est immense… J’ai eu la chance, l’honneur même, de le rencontrer pour son dernier film (non pas « Des hommes et des Dieux ») mais « Les hommes libres », un très beau film sur une page d’histoire souvent méconnue du rôle joué par la Mosquée de Paris pendant la Seconde guerre mondiale. Le recteur, magistralement interprété par Michel Lonsdale ayant tout fait pour sauver des juifs et abriter des résistants.
Lors de cet entretien, quand je lui ai posé la question, à votre avis, de quoi manque t-on aujourd’hui ? Il m’a répondu, de sa voix singulière et avec son regard qui vient de très loin : « On manque de douceur, de beauté, de générosité, de spiritualité et surtout de temps… »

Je pense à Joann Sfar, dessinateur et cinéaste (Le chat du rabbin)  qui n’est ni athée, ni croyant, disons plutôt agnostique. Mais qui nous pose les bonnes questions et nous invite à nous comprendre entre juifs, arabes, catholiques… Cet homme est bouillonnant d’idées, pétri d’intelligence, et simple avec ça. Très belle rencontre. Son blog : http://www.joann-sfar.com/

Je pense à Gérard Depardieu, personnage à multiples facettes, mais dont l’âme est poétique. Et je n’oublierai jamais cette phrase, prononcée lors de mon interview avec lui à l'occasion de la sortie du film « Mammouth ». Il faisait allusion, dans le film, à son amour d’antan, rôle tenu par Isabelle Adjani, morte  tragiquement dans un accident de moto...
Et pour évoquer la mort lors de cet entretien, il a juste dit :« On a tous besoin d’une Isabelle Adjani derrière soi. D’un joli fantôme derrière soi … »
J’ai adoré cette idée. Et je me la suis appropriée, un temps…

Je pense à ma toute dernière interview faite avec François Cluzet et Omar Sy pour leur film « Intouchables ». J’ai été profondément touchée par l’énergie et la profondeur de ces deux acteurs, et surtout sur ce qu’ils ont pu dire sur leur rencontre avec Philippe Pozzo di Borgo, dont le film est inspiré. Un homme solaire et profondément croyant. Je ne l’ai pas rencontré, mais récemment j’ai appris qu’il avait été un très bon ami d'enfance du père de ma fille. J'en ai été infiniment touchée....

Je pense à a grand-mère qui n’a jamais perdu la foi, mais qui est la seule à qui je ne dit pas et ne dirai pas ce qui m’arrive. A 100 ans, ça lui ferait trop de peine.

Je pense à beaucoup d’autres…
Mais je pense vraiment très très très fort à vous tous ce soir…

Une très bon wek end à tous,

CC

PS : Si quelqu’un est libre le 26 décembre pour faire un aller-retour avec moi en Normandie à Deauville en voiture (j’ai la voiture et j’invite à déjeuner au bord de la mer, si, si). Le but, accompagner ma fille qui passera une semaine de vacances là-bas. On partirai vers 10h du matin, on déjeunerai sur place, on irait voir la mer, et on rentrerai en fin de journée….quelqu’un (qui conduit) est-il tenté !!??

PSS : merci à T2A pour l’écharpe ! Superbe !

jeudi 8 décembre 2011

Et de 2 !!

Je ne vais pas m’attarder ce soir. Un peu fatiguée mais tout s’est bien passé. C’est juste très long. Je suis arrivée en fin de matinée à Curie, car je me prête volontairement à un essai clinique d’imagerie (je n’ai pas le droit d’en dire plus) mais qui peut faire « avancer » les techniques… donc quitte à avoir plus de temps libre autant en faire profiter les autres… Et puis c’est intéressant.
Ensuite j’avais rendez-vous à 13h30 pour ma consultation pré-chimio. Vous avez toujours une consultation préalable avec un interne pour faire le point sur votre état général, les effets secondaires, votre "num" (prise de sang) tout ça,…histoire d’adapter au mieux les médications, même si je n’échapperai pas à tout, ni à quelques douleurs, et surtout  pas à la fatigue. Enfin, l'interne donne le feu vert pour la 2e chimio.
Bref, rendez-vous à 13h30, reçu à 16h.
J' étais ensuite attendue à 16h, pour le passage des produits chimiques, donc, vous imaginez que j’ai été reçue bien plus tard... Et sortie… encore plus tard !! Vers 19h30.
Il n’y a rien à dire, c’est comme ça. Il y a énormément de personnes à soigner.

Les compensations…

J’ai une amie qui est passée me voir ; un très bon moment. Vraiment sympa. Elle m’a offert une mini-peluche, adorable, avec des ailes d’ange dans le dos,  faite par une créatrice qui réside dans le sud de la France... Je retombe en enfance avec délice, déjà prête à la glisser ce "doudou" sous mon oreiller cette nuit... Toutes ces attentions me touchent.
Ma meilleure amie qui travaille aussi à Curie, I.F est venue me faire deux visites éclairs. Elle est vraiment débordée. Et V.L, oncologue à Curie, une amie aussi,  est passée me voir 2 minutes, enfin 30 secondes, car à chaque fois qu’elle me demandait comment j’allais, son bip sonnait ! Urgence par-ci, urgence par-là ! 
« Rassure toi V.L ! Ca va bien. Mieux. J’ai plus de boutons !!! ». Je lui racontais tout cela avec des geste, comme les pilotes de ligne. "Ok" avec les mains...
Et puis enfin, Mon Chéri est venu me rejoindre en fin de journée, avec son rube et sa voix cassée. Il avait préparé un bon petit diner. Un amour de Doudou…
Enfin la tante paternel de ma fille et son mari,  sont venus de Normandie faire un stop à Paris pour lui apporter ses cadeaux d’anniversaire (encore !)  et la garder le temps de notre retour de l'hôpital. 

Les bons mots de Madame P.

Je vous confie juste un passage du dernier mail de Madame P., pour deux raisons. La première pour vous assurer qu’elle ne sent pas trahie quand je la cite, au contraire.
La seconde pour vous redire à quel point je la remercie de ce qu’elle me (nous ?) donne. J’admire vraiment Madame P. : son courage, son humour, son charme....
Et vu que vous êtes très nombreux à me demander régulièrement de ses nouvelles, voilà quelques lignes écrites de sa main…

Le joli mail de Madame P. reçu ce jour...

« Chère Caroline,

Je pense très fort à vous en ce jeudi matin, déjà la deuxième séance ... il faut à présent se dire "y'en a plus que ..."  et faire un compte à rebours, comme au boulot une sorte de rétro planning ! Si c'est efficace en management pourquoi ce ne serait pas efficace pour ce protocole ...

J'ai lu votre blog, très émue, ces extraits je l'avoue me représentent bien ... et il faut croire que ces "conseils" ne sont pas trop nuls car me voici arrivée à la presque veille de la fin du protocole et j'ai gardé un moral à toutes épreuves et des projets plein la tête ...

C'est à partir de la deuxième séance  que j'ai "lâché prise" et ai accepté de me faire chouchouter, bichonner, gâter, offrir des fleurs, des gâteaux, des cadeaux,rester sous la couette et faire même des petits caprices ...hummmm c'est délicieux !
Surtout que ce sera terminé dans peu de temps je suis donc un peu comme un affreux bambin qui grandi et qui comprend que la belle vie c'est fini ... mais n'empêche c'était drôlement bien et cela a permis ( j'insiste) de révéler l'empathie, la gentillesse, voir l'amour des gens qui m'entourent et qui n'auraient jamais osé exprimer des sentiments comme ceux là ...  à la superwoman que j'étais ...et vais redevenir ( vous savez la fille super costaud qui fait face à tout ...et donc qui intimide un peu forcement)
J'ai donc fait une bonne action! et cela m'a permis de me reposer vraiment.

Donc expérience éprouvante certes mais garder le bon côté est essentiel...

Comme la roue tourne, bientôt c'est peut être moi qui vais chouchouter, bichonner, gâter, offrir des fleurs, des gâteaux, des cadeaux, écouter les petits caprices  ... et je me dirais huuummm c'est délicieux d'être un être humain qui peut dire son empathie, son amour alors que je n'aurai pas osé.

C'est ainsi un peu, beaucoup,  grace à vous que je peux exprimer mes sentiments et mes émotions, de tout coeur je
vous remercie de pouvoir me sentir profondément humaine !!

A très vite de vous lire, toute mon énergie se porte vers la rue d'Ulm et la hot line est opérationnelle si besoin ... mais "Chéri" doit faire ça très bien ! 

Bien amicalement

Mme P. »


 cueillir les belles énergies...


Question...????

Alors juste une question… Pourquoi faut-il souvent attendre d’être malade, ou confronté à des situations extrêmes pour dire à ceux qu’on aime… qu’on les aime… ? Pour être plus doux, plus tendre ... Qu’en pensez-vous ?

Que votre nuit soit belle et étoilée...

CC

mercredi 7 décembre 2011

Les bons conseils de Madame P.

Demain c’est chimio ! Mon jeudi chimio. Beuh… Je louperai bien le rendez-vous… mais comment vous dire, je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée !
Donc… Que faire… ? Peut-être me préparer le mieux possible. Me détendre déjà. Mettre en pratique les quelques enseignements de ma première séance de sophrologie : respirer, positiver, respirer, positiver… chasser les mauvaises pensées...


le jour J…

Pour le jour J, j’ai les bons conseils de Madame P., que voici :
" Si vous avez un petit lecteur de DVD prenez le avec un bon film rigolo ou un truc type "the holliday" une bluette hollywoodienne qui fait oublier les moments pas marrants et qui peut être interrompue lors des visites du médecin, de l'infirmière, de la psy, du diététicien etc ... avec un peu de bol cela va être le défilé pour vous ce jeudi !! 
En tous les cas je constate que vos journées sont bien remplies et vos ami(e)s très nombreux et présents et ça c'est le médicament naturel le plus efficace! 
Toutes mes amitiés vous accompagnent vers la rue d'Ulm."
Madame P. 

le lendemain…

"Pour les médocs au début on prend tout et puis après on dose en fonction...mais ce qui est important ce sont les anti nauséeux qui en général fonctionnent super bien ...
Mais nous sommes tous différents et je pense qu'il faut prendre soin d'écouter ses besoins les réactions de son corps ... je vous recommande quand même soit l'homéopathie, soit naturopathie pour aider le foie à évacuer toute ces charmantes cochonneries et booster le système immunitaire.
Pas de panique avec la cortisone il se peut que vous ayez des nuits un peu "insomniaques", c'est normal la cortisone est un excitant, mais peut -être cela n'aura pas d'influence sur vous, le côté positif c'est que du coup on lit tous les bouquins qu'on avait pas eu le temps de lire !!!
Je veux croire , me concernant, que mon énergie doit beaucoup à tous ces compléments mais aussi aux séances de réflexologie dispensées grâce à Etincelle et puis aux amies, à la rigolade et aux bons moments qu'il faut préserver et encourager durant toute cette période à venir ...
je vous adresse toutes mes amitiés, de l'énergie bien sur, des sourires et pense à vous.
Si ça va ou si ça va pas ... dans tous les cas je serai ravie de vous lire ou de vous entendre."
Madame P. 

Sans oublier l’humour...

" Je ne peux résister à l'envoi de cette pub rigolote qui ne nous concerne que de très loin... pour l'instant !! "
Madame P. 


Rien d'autre à ajouter.
Bonne fin de journée à tous et à demain,

CC

mardi 6 décembre 2011

Comment chasser la culpabilité … ?

Ma grand-mère qui a 100 ans et se porte encore très bien m'a dit un soir : « Tu sais ma chérie, si j’ai une certitude dans la vie, c’est bien celle-ci : la culpabilité n’a jamais menée personne nulle part. C’est une impasse ! ».


Entendons-nous bien, quand j’évoquais avec elle « la culpabilité », je faisais allusion à ce que nous pouvons tous ressentir quand nous avons l’impression de ne pas avoir été à la hauteur. D’avoir, par exemple, manqué un jour de patience sans raison avec son enfant. D’avoir déçu. D’avoir, ce qui a été beaucoup plus compliqué dans mon histoire, survécue à un drame où d’autres n’ont pas survécus. Dans ce cas précis, les psychanalystes parlent d'ailleurs de la « culpabilité du survivant ».
Ce sentiment, souvent exprimé par de nombreux juifs qui ont échappés à la barbarie de la seconde guerre mondiale, je le connais bien.
Je n’ai pas été confrontée (ni moi, ni ma famille) à ces atrocités, mais j’ai, moi aussi, survécu à un drame : un accident de voiture. En un fragment de seconde, mes deux parents y ont perdu leur vie. J’étais aussi dans cette voiture. Gravement blessée, j’ai passé un mois entre la vie et la mort. Mais j’ai survécu. J’avais 7 ans. 
Loin de moi l’idée de m’attarder sur le sujet, par pudeur, et puis ça n’est pas non plus tout à fait le propos, mais c'est pour vous dire que je sais de quoi je parle. Car oui, étrangement,  même en aimant la Vie de toutes mes forces, j'ai longtemps culpabilisé à l'idée d'être  "vivante". Pourtant que peuvent souhaiter des parents à leurs enfants, si ce n'est d'être en vie. En vie et le plus heureux possible...??? Pourquoi et comment douter de cela !? Or longtemps j’ai douté. Jusqu’au jour où j’ai compris ce qu’avait voulu me dire ce soir là ma grand-mère, ayant sans doute perçue mes douleurs sans que je ne lui en parle jamais : « Tu sais ma chérie, si j’ai une certitude dans la vie, c’est bien celle-ci : la culpabilité n’a jamais menée personne nulle part. C’est une impasse ! ».

Mais voilà qu’elle revient au galop …

Affrontée, puis apprivoisée, puis domptée, je pensais m’en être, avec pas mal des années (39 ans pour être précise), enfin débarrassée. Au Diable la culpabilité !
Bah non ! Voilà qu’elle revient au galop. Au galop…avec, ou plutôt à cause de ce put... de CANCER.
Le cancer est comme un missile qui vous arrive en plein cœur, ça je vous l’avait déjà dit, mais c’est aussi une bombe pour tout l’entourage, surtout pour cercle intime. Très intime. C’est à dire ceux qui vivent avec moi au quotidien : ma fille et mon chéri.
Cette fichue bombe a en plus un détonateur que je n'ai pas programmé, qui peut exploser plusieurs fois, n’importe quand, au sein même de mon foyer. Terrible.
Pour le moment, je dois dire que mon chéri est doté d'une une sacrée cuirasse. Il encaisse et résiste aux chocs. Fait secrètement son deuil de pas mal de nos adorables habitudes, projets, escapades diverses et variées...et de moments tout bêtes : tenez, même moi derrière lui sur sa moto pour traverser Paris, c'est plus possible...Voyez si c'est bête hein !! Et sans grande  importance. Sauf que TOUT est plus ou moins comme ça. En mode "pause". Entre "parenthèse". 
Mais mon chéri est très fort. Il arrive, du moins en apparence, à tout décaler d’un an (le temps minimum du traitement). Dans le fond je sais bien qu’il accuse le coup, et que ça n’est pas facile pour lui. Pas funky. Ah ça non !! 
Ma fille, elle, est dans l’instant, comme tout enfant de 8 ans, avec ses joies et ses peurs. Ses questions graves : "Maman est-ce que tu vas mourir ?" , et ses rires aux éclats…  Il faut la rassurer, lui promettre que je vais guérir mais que ça va être long... mais que, bonne nouvelle, il y aura des jours où j’aurai plus de temps pour elle (Youpi !) et d’autres où je serai fatiguée. 

Culpabilité quand tu nous tiens....

Mais c'est bien là, dans ma maladie, que se loge ma culpabilité. L'idée d'être malade, passe encore... mais celle d'imposer à ceux que j'aime le plus un rythme et un mode de vie (même provisoire), qu’ils n’ont ni choisis, ni désirés... me hante et me blesse encore plus.
Nous étions tous heureux de nous évader quelques jours au Maroc à Noël : voyage annulé.
Mon chéri était fier et heureux de m’apporter de la « LEGERETE », de la belle et jolie légèreté… un luxe de chez luxe par les temps qui courent, et voilà que je lui colle une bombe sous le nez !!!
Alors oui, je culpabilise. Oui, je m’en veux. Et non, je ne suis pas fière, mais pas fière du tout d’être malade :-((((

Le bon sens des anciens...

Alors comment transformer ce sentiment « étrange et pénétrant » comme disait Verlaine, sauf que lui parlait d’amour… Comment transformer ce sentiment tenace en une force plus vive ? Je n’ai pas encore trouvé la recette magique. Mais aujourd’hui plus qu’hier, me revient en mémoire cette phrase de ma grand-mère, ma grand-mère qui a connu deux guerres mondiales et bien des épreuves : « Tu sais ma chérie, si j’ai une certitude dans la vie, c’est celle-ci : la culpabilité n’a jamais menée personne nulle part. C’est une impasse ! ».
Il va donc falloir me trouver une nouvelle voie... Faire à nouveau confiance à la Vie. Ecouter ma grand-mère...

A bon entendeur, salut !

CC

PS : Deux photos de ma filles prises par mon chéri pour aller plus loin...


voir plus loin...


et continuer à ramasser des coquillages...

lundi 5 décembre 2011

L’As de piques !

Le titre n’est pas de moi ! Je le regrette… Mais j’avoue, le l’ai piqué sur « Rose magazine », un mag donc, genre ELLE, destiné aux femmes atteintes d’un cancer, où l’on trouve tout un tas d’informations pratiques, d’astuces et de conseils avisés pour mieux traverser cette période…difficile.


c'est moi... CC !!

Aujourd’hui, j’ai donc rencontré l’As de piques. Un acupuncteur. Mais pas n’importe lequel !! Non, un acuponcteur spécialisé dans le traitement des effets secondaires liés à la chimiothérapie. Son but, vous soulager là où ça fait mal, en tenant compte de votre protocole.
Il faut dire que le produit que l’on m’a administré est assez « violent » ; les effets secondaires aussi. Violents et je dirai même  plus : sournois !!  Vous ne vous sentez pas si mal au lendemain de votre cure,  pas si mal non plus le surlendemain, et tout d'un coup, sans crier gare la fatigue s'abat sur vous comme un ouragan sur une paillote... Vous ressentez en prime toutes sortes de douleurs inhabituelles. En deux jours, vous avez pris 40 ans !! Peut-être plus.

Y’a pas de mal à se faire du bien !!

Oui, j'avoue, la chimio, ça n’est pas rigolo du tout. Oui, je le reconnais, je serai contente que quelqu’un, quelqu’une, ait le pouvoir d’atténuer mon mal-être. Non je n’ai pas envie de courir tout Paris à la recherche du « guérisseur » (homéopathe; phytothérapeute, acupuncteur, magnétiseur, et j'en passe) idéal. Oui je me méfie de tous les charlatans. Bien sûr j’ai D’ABORD CONFIANCE EN LA MEDECINE, en mes oncologues sans lesquels je ne guérirai pas. Mais si quelqu’un de fiable, de recommandable par les chimiothérapeutes et aussi les femmes qui ont fait appel à ses services peut atténuer certains effets … je suis POUR !

La séance... 

Nœud pap autour du cou, Monsieur Piques, est très précis, aussi bien dans les horaires (pas d’attente) que dans la pose des aiguilles, nombreuses et vite mises en place. Je suis allongée, jambes et bras nus. Je ne ressens aucune douleur. Aucune gène. 
Auparavant, il me pose deux trois questions sur mon protocole. Pas de blabla, pas d’interprétation. Juste quelques mots simples et aimables. « Je ne suis pas là pour vous guérir, mais vous verrez, dès la prochaine cure les effets seront atténués». Il booste mes énergies, mes globules blancs, agit sur les maux dont je me plains le plus (ventre, douleurs articulaires, nausées, etc. …).
Une fois toutes les aiguilles stériles plantées dans ma chair, je patiente une bonne dizaine de minutes, puis oust, dehors !!
Pour optimiser son action, le mieux est de le voir la veille des chimiothérapies et aussi le lendemain.



L'As de piques

Pour le moment, je ne peux pas vous dire si oui ou non ces séances auront de l’effet sur moi. Je vous tiendrai au courant. 

Ah j’oubliais, L’As de pique est reconnu par la Sécurité Sociale. Pas d’embrouille de ce côté là non plus.


Mon prochain jeudi chimio c’est… jeudi ! Après demain. Beuh !! Mais rassurez-vous depuis une semaine je me sens bien, mieux, à peu près en forme. Donc après la pluie, le beau temps… Mais après le beau temps, re-la pluie…  J’espère que je suis bien tombée sur un As !!

A très bientôt,
CC

Pour en savoir plus...

vendredi 2 décembre 2011

Mon blog à moi !

Je fais court ce soir, j’ai profité de ma bonne forme pour sortir un peu. Sortir et surtout faire des courses pour l’anniversaire de ma fille demain avec ses petits copains… Rien de plus à raconter.

Chui contente !!!

Ce qui me fait très plaisir en tout cas, c’est de savoir que vous êtes de plus en plus nombreux à lire quelques-uns de mes  épisodes et surtout à réagir, à en parler entre vous, à m’adresser parfois des mails car vous n’osez pas, ou ne souhaitez pas, ou n’arrivez pas (car c’est vrai qu’il y a deux trois manipulations à faire) mettre en commentaire.
Pour faire suite à ce que j’évoquais hier, sur le bien être, l'association, etc..., j’ai trouvé intéressant de vous communiquer la réaction de l’un de mes plus vieux amis (vieux non à peine 50 ans, mais ami d’enfance oui), qui est médecin dans le Jura. "Médecin de campagne" pourrait-on dire encore aujourd’hui. Il parcours régulièrement des kilomètres pour se rendre d'une maison à l'autre, d'une ferme à l'autre, dans des conditions difficiles. Surtout l'hiver, routes enneigées, etc... 
Il fait allusion à mon billet d’hier, sur le bien être grâce à l’association, mais aussi à mon passage aux urgences samedi dernier. Je vous laisse lire. Réagir. Réfléchir....
En prime une photo du Jura, signée Dr D.



Sur les plateaux du Jura...

Salut CC !

J'aime lire ton blog.

Et je mesure aussi ce qui nous sépare de Paris, des grandes villes.

Ici il n'y a pas d'association pour prendre soins, pas de sophrologie dédiée, même pas de pédicurie ! Il y a les filles de l'ADMR (aide à domicile en milieu rural) qui passent chaque jour, souvent avec un petit mot, des fleurs, un repas. Les infirmières. Les kinés. Et les médecins de famille.

Ici les médecins de famille se forment au suivi des chimiothérapies, à la gestion des effets secondaires, à la prise en charge des douleurs.

Mais ici, une fièvre d'aplasie se surveille au chaud dans son propre lit avec notre passage pour donner les résultats de la prise de sang que l'on peut avoir en 6 heures..........Sinon c'est déjà 50 kms aller puis retour. Finalement c'est mieux qu'une salle d'attente de service d'urgence. Ici.

Je pars voir un monsieur de 49 ans qui en est à sa 26 ème cure de chimio et je me rends compte que je n'avais pas encore regardé ses pieds !! Je vais le faire.

Je t'embrasse
Dr. D

Ciel mes cheveux !!!

Voilà. Sinon ce qui devait arriver est arrvivé ! J’ai dit (provisoirement) « bye bye » à mes cheveux hier. Je vous en reparlerai une prochaine fois. Mais en faisant mes courses, j’ai croisé Madame P. dans la rue avec ma nouvelle coiffe (grise avec une petite fleur sur le côté, en polaire svp), qui m’a trouvée très jolie. Merci madame P. C’est rassurant. Surtout venant d'elle :  si élégante toujours, tantôt avec une coiffe colorée, tantôt avec une perruque courte, tantôt avec des cheveux long et bouclés. Et si vous, vous voulez vraiment savoir à quoi elle ressemble, regardez, elle m’avait adressée il y a quelques jours déjà cette photo, accompagnée de ce commentaire :

"je vous adresse une photo de ma copine Mme Bonheur elle me ressemble un peu avec ses taches de rousseur et surtout quand j'avais encore mes cheveux !!! Madame P.



Bon we à tous,
CC

jeudi 1 décembre 2011

Aux petits soins…

Ce matin je me rends pour la première fois chez le pédicure. Motif, je veux être sure que mes petits petons vont bien, sachant que la chimiothérapie attaque les pieds, surtout les ongles, la peau et les talons.

Dring…J’arrive, j’entre, je suis reçu par un homme qui à l’air aussi sympathique que compétent. Je suis rassurée. Prête à poursuivre l’aventure !
Il me pose deux trois questions, puis m’installe dans un grand fauteuil. Tout se passe un peu comme chez le dentiste, à la seule différence que les ustensiles sont situés à la hauteur de vos pieds, cela va de soit !! En clair, vous avez un homme à vos pieds !! Ce serait dommage de ne pas en profiter !!

Le pédicure m’attrape un pied, le regarde, l’ausculte, me dit d’emblée qu’il va bien. L'autre ausi (ouf), que les ongles sont sains et solides (mieux pour attaquer la chimio) et que les deux trois mini bricoles qui me soucient ne sont rien, juste dues au fait de marcher avec un voute plantaire un peu plus courbée… Un petit coup de pierre ponce par-là, un petit coup de pince par-ci, de la crème partout...Rien n'est douloureux, et j’apprends au passage tout un tas de choses passionnantes sur mes pieds, voire les pieds en général. Très bon pour la culture G !!

Le pédicure est aux petits soins mes pieds jubilent !

Je ressors avec un grand sourire. Et me demande bien pourquoi on ne passe pas tous au moins une fois par an chez le pédicure !!
Quand on pense que nos pieds nous supportent à longueur de journées, d’années, qu’il fasse soleil ou pluie, qu’on se traine ou qu’on mette le turbo... Avouez : nous sommes bien ingrats de ne rien leur rendre en retour. Ou si peu.
Je repars avec au moins une certitude : plus question que j’abandonne mes pieds !!


Mes pieds cet été sur le sable…

Cette après midi, toujours en forme, sur mes deux pieds, je me rend ensuite (encore une première) à une séance de sophrologie proposée par Etincelle, l’association. 
Objectif, nous détendre, nous les femmes sous chimiothérapie. Je re-précise qu’Etincelle fait un travail remarquable. Tous les soins (diététique, esthétique, réflexothérapie) et séances (sophrologie, ateliers d’écriture, groupes de paroles) sont dispensés gratuitement. Seule une cotisation minimum de  5 euros est demandé au départ. Je ferme la parenthèse.
Donc me voici assise puis allongée au beau milieu d’une très belle salle. Nous sommes une dizaine de femmes.
La sophrologue nous dicte des exercices, d’abord basés sur la respiration, puis la pensée positive. Ensuite, à chaque étape, nous décrivons de façon succincte notre ressentis.
Pour des personnes comme moi, il est très difficile de me détendre, de lâcher prise. Pourtant je sens que cette voie et bonne pour moi. Mais j’ai besoin de temps. De temps pour faire le vide, pour créer un espace vierge… Je suis encore trop encombrée par mes pensées et mes peurs. Toutes ne sont d’ailleurs pas liées au cancer. Elles sont liées à moi. A ma vie. A mon histoire. 

Renouer avec son corps…

En prenant soin de soi c’est fou comme on apprend…sur Soi. Le corps nous parle, nous encourage,  nous alerte, appel notre soutien… On beau se connaître, on se découvre encore un peu plus. Comme si on faisait vraiment connaissance. Et si on lui tend l’oreille, à ce corps... alors … les sens s’éveillent, se réveillent. Les perceptions se démultiplient. Et c’est joli !

Et quand on se sent plus « joli(e) » dans son corps, surement qu’on est aussi plus « joli » dans son coeur. Dans son rapport aux autres. 

On peut aussi mettre les mauvaises pensées dans des petites bulles et les laisser filer au loin comme des ballons qui partent au vent. Loin de soi. J’ai appris cela aussi aujourd’hui.

Merci mon corps ! Mon corps qui est tout sauf un cancer (C’est d’ailleurs ce que disait très bien Tango2Alpha dans son témoignage).
Non mon corps tu ne m’as pas trahie, contrairement à ce que j’ai cru au départ. Aujourd’hui tu m’aides. Et nous allons cheminer ensemble. Je te promets de veiller sur toi. Promets moi de me soutenir fort. Encore plus fort. Je t'aime et je ne te l'avais jamais dit.

Des gros bisous et une bonne nuit à tous !
CC

PS : demain promis, quelques nouvelles de Madame P., que j’ai croisée aujourd’hui !!
PSS : Bienvenue et merci aux nouveaux membres qui me donnent l'envie de poursuivre ce blog...